« On entre dans la cave. Tout de suite, c’est ça qui
vous prend. Les pommes sont là, disposées sur les claies – des cageots
renversés. On n’y pensait pas. On avait
aucune envie de se laisser submerger par un tel vague à l’âme. Mais rien à
faire. L’odeur des pommes est une
déferlante. Comment avait on pu se passer si longtemps de cette enfance âcre et
sucrée ?
Les fruits ratatinés doivent être délicieux, de cette fausse
sécheresse où la saveur confite semble s’être insinuée dans chaque ride. Mais on
n’a pas envie de les manger. Surtout ne pas transformer en goût identifiable ce
pouvoir flottant de l’odeur. Dire que ça sent bon, que ça sent fort ? Mais
non.
C’est au-delà… une odeur
intérieure, l’odeur d’un meilleur soi. Il y a l’automne de l’école
enfermé là. A l’encre violette on griffe le papier de pleins, de déliés. La pluie
bat les carreaux, la soirée sera longue…
Mais le parfum des pommes est plus que passé. On pense à
autrefois à cause de l’ampleur et de l’intensité, d’un souvenir de cave salpêtrée,
de grenier sombre. Mais c’est à vivre là, à tenir là, debout. On a derrière soi
les herbes hautes et la mouillure du verger. Devant, c’est comme un souffle
chaud qui se donne dans l’ombre. L’odeur a distillé la douceur de la peau, son
infime rugosité. Les lèvres sèches, on sait déjà que cette soif n’est pas à
étancher. Rien ne se passerait à mordre une chair blanche. Il faudrait devenir
octobre, terre battue, voussure de la cave, pluie, attente.
L’odeur des pommes est douloureuse. C’est celle d’une vie
plus forte, d’une lenteur qu’on ne mérite pas. »
08/08/2008 @ 20:35:53
par tinu
la divinité des plantes je l'ai ...
07/07/2008 @ 18:59:57
par elaîne
Ooooh moi aussi il m'intéresse, "la ...
22/06/2008 @ 17:52:29
par Cerrydwen Asherah
Oui, je veux bien, mais faut ...
20/06/2008 @ 10:02:01
par Lune
Merci Eloa, cette attention me touche.... Y ...
19/06/2008 @ 18:35:44
par aset